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Le berger de la Bourgogne

Aubert de Villaine fait partie de ces bergers du vin ; gardien du temple de la Bourgogne, il semble sorti d’un roman courtois du Moyen-Age, et il se faufile dans son époque avec une élégance aristocratique naturelle. Il dirige la manoeuvre pour que l’UNESCO inscrive au patrimoine mondial dans la catégorie des sites culturels, le vignoble de Côte d’Or et le patrimoine bâti des villes de Dijon et Beaune.

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L’histoire respire, soupire et transpire dans le moindre mur lézardé, lui inspirant ainsi une philosophie bien sentie : «j’ai réalisé qu’il y avait une extraordinaire culture derrière le travail du vigneron qui se lisait dans ce vitrail que représente la côte ; elle transparaît dans les murets, cabotes, caves, cuveries, églises, Hospices de Beaune ou Palais des Ducs». Il faut écouter ce passé, y rester fidèle tout en essayant de le magnifier dans les vins, avec les atouts de la science qui s’inscrivent dans cette perspective. La tradition ne doit pas constituer un blocage, elle doit aider à se projeter dans l’avenir : «Dans cette réflexion nous avons beaucoup progressé au niveau cultural : les sols recèlent les secrets qui font nos grands vins, ils doivent fonctionner de manière libre et naturelle».

Adéquation subtile entre un climat porteur d’histoire, des parcelles gravées dans le marbre et un cépage unique, c’est en Bourgogne que le mot terroir prend tout son sens.

 

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Après des études de lettres et de droit, la vocation d'Aubert de Villaine est progressive, et lorsqu’il arrive au Domaine familial de la Romanée Conti, il travaille d’abord comme vigneron. Très éclectique dans sa formation technique, il considère que «l’œnologie est comme la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié». Après l’achat d’un vignoble sur Bouzeron, il se partage entre celui-ci et la Romanée Conti, possédant ainsi le recul suffisant.

 Douce musique de Nuits

Aubert de Villaine porte la relation amoureuse du vin à sa fragile incandescence en utilisant les ressources de l’être tout entier, de façon à ce que chaque cru du domaine tende à la perfection, et depuis plus d’une décennie, chaque cru joue la partition la plus juste : «le grand vin exprime quelque chose d’indicible que la musique notamment la musique dite de chambre traduit beaucoup mieux que le langage, même si elle n’a pas été écrite pour, quelque soit la puissance du cru. Sur un millésime comme le 2005, on fait appel à tous les instruments du terroir, alors qu’en 2006, la musique se montre plus subtile, plus tendre".

"Sur une Romanée Conti 2006 à la séduction lumineuse, je vois bien une nocturne de Chopin. Le trio de Beethoven, l’Archiduc convient tout à fait à la Tâche 2005, c’est un cru de pouvoir, c’est un dominant. Le Richebourg, sombre et romantique appelle un quatuor de Kodaly. Combinant le nez de la Conti, et la bouche du Richebourg, la Saint-Vivant mérite les accents de Mozart. Flamboyant, aimant s’amuser l’Echezeaux est une variation de JS Bach. Le Grands Echezeaux, discret laisse deviner son raffinement comme un concerto de Debussy».

 

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Joignant le geste à la parole, il verse une Tâche 1990 au tanin subtilement élancé et à la fin saline très vibrante. Grand frisson également sur un Grand Echezeaux 1952 à l'attaque satinée, la texture est d'un grand raffinement, et le vin aux accents de truffe et de  se prolonge de la meilleure des façons. Tout en force et en élégance un Montrachet 2000 éclatant de jeunesse vous submerge et ne vous lâche plus, de quoi recommander chaudement au jury de l'UNESCO de plébisciter cette Côte d'Or rayonnante.

Quand on boit de telles merveilles, et elles sont de plus en plus nombreuses entre Santenay et Marsannay, il n'y a pas à hésiter une seule seconde sur ce type de dossier ...

Voilà un vrai patrimoine qu'aucune agence de notation ne pourra dégrader...

 

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 Domaine de la Romanée Conti

1 Rue Derrière le Four

21700 Vosne-Romanée

03 80 62 48 80